"Excuse moi pour le son, je testais les basses de la chaîne, avec tout ce bordel, j'avais peur qu'elle marche plus."
Il pousse alors une fois de plus un soupir et s'assoit sur le rebord du lit. De là il voit l'extérieur, le jardin et la cour. Les cerisiers dont l'ombre s'étire de plus en plus commencent à frémir sous le souffle de la brise de fin de journée.
"Pete, pourquoi je reste pas?"
Cette question, cela faisait si longtemps qu'il l'attendait. Maintenant 10 ans qu'ils se connaissaient et jamais elle n'avait exprimé ses doutes à ce sujet. Claire partait régulièrement, quelques jours ou parfois juste quelques heures. Il savait qu'elle allait dans la proche montagne se promener. C'est tout. Pas un mot, pas une explication. Elle était si secrète. La nuit elle se confandait avec l'ombre des grands pins. Le jour, elle était la fille la plus rayonnante sur cette planète. Ses longs cheveux châtains clair semblant l'irradier de douceur et de lumière. Claire. Une vraie passion. Inatteignable pour quiconque. Pas de l'amour, pas de la fraternité, pas de l'amitié. De la passion. Indescriptiblement parfaite. Leur relation pouvait paraitre ambigüe à certains, mais pour eux c'était très net. Ils se disaient tout et rien, s'aimaient mais ne dépendaient pas l'un de l'autre. Parfois, Claire avait un "officiel" comme elle disait. Mais jamais sa passion n'égalait celle qu'elle avait pour Pete, son grand ténébreux. Elle l'appelait comme ça pour se moquer car avec ses cheveux longs il avait l'air d'un tueur à gage qu'on n'aime pas croiser la nuit dans la rue. Il n'avait pas coupé ses cheveux depuis quatre ans. Du haut de ses 19 ans, et un mètre quatre-vingt, on pourrait le prendre pour un acteur de Matrix. Généralement, lorsqu'il allait en ville, une bonne demi-douzaine de gamines le suivaient partout en gloussant royalement sur "le beau gosse émo". Non il n'était pas émo, surement pas, tout mais pas ça. Cela faisait à peu près autant d'années qu'il s'était mis à fumer, boire et s'en suivirent les joints, l'ecstasy, et même la coke dans ses mauvais moments. Oui, c'était encore un gamin dans le fond. Sa rebellion pas toute à fait finie, mais déjà adulte. Il avait emménagé, en août dernier, en collocation avec Claire et 3 autes amis dans cette villa un peu écartée de la ville. Aujourd'hui, il ne regrettait pas. Mais voilà, la question était posée. Il fallait répondre. Il savait très bien quelles conséquences cela aurait, mais tant pis, il fallait le faire.
"Tu pars car tu es mal ici."
Il aurait voulu lui faire comprendre avec plus de tact mais c'était impossible. Jamais doué pour les grands discours, plus pour écrire. A son soulagement, Claire ne le dévisagea pas avec cette expression de dégoût qu'elle adoptait lorsqu'on la surprenait. Elle savait donc, elle voulait jsute une confirmation. Elle était mal, oui c'était certain. Son visage trop impassible le montrait. Il y a de çà quelques mois elle n'aurait jamais touché à l'ecstasy. Maintenant c'était trop tard. Elle avait commencé, il fallait qu'elle arrête. Il ne savait pas comment lui dire.
"Claire, tu sais, je ne suis aps un exemple. J'ai beau avoir deux ans de plus que toi, ne fais aps comme moi. J'ai foiré ma vie à cause de mes conneries. Tu le sais. Alors je t'en supplie, pars, loin cette fois. Retourne à Paris chez tes parents. Tu n'as que 17 ans et il serait meilleur que tu finisses l'année en cours plutôt que par correspondance. S'il te plait..."
Il n'eût pas le courage de finir en voyant le visage de Claire se tourner lentement vers lui. Les larmes tombant silencieusement mais en torrent sur ses joues trop blanches. C'était la fin. La première de leurs fins. Jusqu'à ce jour, jamais ils n'avaient pensé se séparer à long terme. Mais là, c'était bien finit, il l'aimait, il voulait qu'elle parte. Il préférait souffrir plutôt que la voir souffrir. Mais elle, elle ne voulait aps se résoudre à partir. Plutôt mourir que d equitter le seul être qui ait de la valeur à ses yeux. Pour la première fois de sa vie, elle n'avait plus le choix. Autrefois, c'était lui qui lui avait ouvert d'autres possibilités, un peu de liberté, mais maintenant, c'était lui qui la remettait sur le chemin qu'elle ne voulait pas suivre. Les larmes ruisselant, elle se leva lentement, ouvrit la baie vitrée et sortit. Pieds nus, avec sur elle, juste une chemise de Pete et un mini-short, si frêle parmis ces grands arbres. Sa silhouette disparût bientôt du champ de vision de Pete. Partie. Et la dernière chose qu'il aperçut d'elle fût ce petit objet qui un instant brilla sous les derniers rayons solaires.
Rien n'est plus vain que de mourir pour un amour. C'est vivre qu'il faudrait. Camus